Cet article est une réponse à un ami, que je respecte beaucoup, sur une question récurrente dans le débat. Je partage ici mon avis personnel, et non celui de tous les démocrates. Le mot « démocrate » ne signifie en aucun cas que les conservateurs ou d’autres ne le seraient pas. En Algérie, ce terme est souvent associé aux laïques… peut-être que cela évoluera un jour. Une version arabe suivra, inchallah.
« Les démocrates ont-ils peur du vote et du verdict populaire parce qu’ils n’ont pas de base populaire et veulent imposer des valeurs étrangères à un peuple algérien musulman et conservateur ? »
Cette accusation mérite d’être clarifiée. En réalité, ce que les démocrates craignent, ce n’est pas le vote, mais le faux vote. Le problème n’est pas la volonté du peuple, mais les conditions dans lesquelles elle est exprimée. Par faux vote, on entend des élections organisées dans un cadre où l’administration, les médias, la justice ou les appareils de sécurité sont instrumentalisés pour orienter le résultat, où le pluralisme réel est empêché, ou encore où la fraude et l’intimidation vident le scrutin de son sens. Dans ce cas, le résultat ne reflète pas réellement la souveraineté populaire. Chercher à prévenir cela, ce n’est pas fuir le verdict populaire, c’est au contraire le protéger.
Il est également important de déconstruire l’idée selon laquelle les démocrates seraient des « élites déconnectées » opposées à un peuple conservateur. Le peuple algérien n’est ni homogène ni incapable de décider pour lui-même. Il est attaché à ses valeurs religieuses et culturelles, tout en étant conscient des injustices, de l’arbitraire et de la corruption. Réduire le débat à « élites vs peuple conservateur » est une simplification qui ne rend pas justice à sa capacité de discernement.
Un autre point essentiel : valeurs religieuses et règles démocratiques ne sont pas incompatibles. La séparation entre religion et pouvoir politique, qu’on appelle souvent laïcité ou plus simplement neutralité de l’État, ne signifie pas rejeter ou combattre la religion. Le modèle français, souvent cité dans les débats, représente d’ailleurs une version particulière, plus rigide et conflictuelle de la laïcité, qui n’a ni vocation ni besoin d’être reproduite en Algérie. L’enjeu, pour notre pays, n’est pas de copier un modèle extrême, mais de construire un cadre propre où l’État reste neutre entre les croyances, tout en respectant toutes les religions.
Dans ce cadre, la religion ne doit pas être utilisée comme instrument dans les affaires politiques ou dans la gestion de l’État, ni pour légitimer un pouvoir, ni pour exclure des citoyens, ni pour autant faire taire les opposants. La neutralité de l’État protège à la fois la foi et la politique des instrumentalisations. Elle empêche que la croyance soit transformée en outil de domination et que l’État impose une interprétation religieuse unique. La démocratie garantit alors que toutes les sensibilités, y compris conservatrices et religieuses, puissent s’exprimer librement et équitablement, sur un pied d’égalité.
À ceux qui voient dans la promotion de la démocratie un affront aux croyances : rien dans l’attachement du peuple algérien à l’islam n’est incompatible avec la justice, la responsabilité des gouvernants et la protection des libertés individuelles. Au contraire, la démocratie, lorsqu’elle est respectueuse des règles et neutre, protège les religions contre leur récupération par le pouvoir.
Enfin, la meilleure preuve que les démocrates ne craignent pas le peuple est simple : ils proposent des mécanismes où le peuple s’exprime effectivement. La démocratie repose sur des choix clairs et protégés, non sur le contrôle des résultats. Ceux qui la défendent ne veulent pas imposer des valeurs étrangères, ils veulent garantir que la volonté populaire puisse s’exprimer librement et sincèrement, sans manipulation ni instrumentalisation.
En résumé, les démocrates ne craignent pas le peuple, mais la manipulation du vote. Ils cherchent à créer un cadre qui garantit la souveraineté populaire, protège et assure que chaque voix compte vraiment. Ce n’est pas une fuite du peuple, c’est le respect de sa véritable volonté.
Djaballah Saïghi
25/12/2025

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